Intervention d’Yves Fromion à l’occasion de la dernière audition de Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Défense, par la Commission de la Défense le 22 Février 2017.

Si Jean-Yves Le Drian s’est acquis une réputation flatteuse comme Ministre de la Défense, il le doit essentiellement aux excellents résultats de nos exportations de matériel militaire, dont le mérite lui revient en partie. Pour le reste, il porte la très lourde responsabilité avec François Hollande, de laisser pour héritage une armée en piteux état faute d’avoir su la doter d’un budget à la hauteur des besoins criants qui s’expriment. Hollande aura usé jusqu’à la corde notre outil de Défense, dont il a fait un moyen fort utile pour sa propre promotion politique. Mais Hollande a plus encore enlisé militairement et diplomatiquement la France dans des « aventures » africaines qui sont autant d’impasses.
Monsieur le Ministre,

Je souhaite vous présenter trois observations assorties d’une question très courte :

1-     Le budget de la Défense se résume dans la formule « dona eis panem quotidianum », et il ne permet, en dépit d’une réelle mais très faible tendance haussière, que la couverture des besoins strictement consécutifs aux décisions prises par le Président de la République face au terrorisme, sur le sol national comme en opérations extérieures. Il n’apporte pas de solution aux carences capacitaires grandissantes qui affectent nos armées, en consacrant la faillite de la Loi de programmation militaire, pourtant actualisée à deux reprises ! Si ce n’était pas le cas, si mon propos était contesté, pourquoi les chefs d’état-major sonneraient-ils le tocsin urbi et orbi ?

2-     La France s’enlise au Sahel, et notamment au Mali, comme plusieurs de mes collègues ont pu le constater. La rébellion djihadiste est à peine contenue au Nord, grâce à Barkhane et Sabre, mais elle s’emballe dans le centre du pays où elle tente sa jonction avec Boko Haram, ce qui placerait nos forces en situation délicate. Les accords d’Alger ne sont toujours qu’un vœu pieux, rendant illusoire, la perspective d’une issue politique au Mali. La Minusma et EUTM Mali ne sont même pas pour la France, une perspective de relève crédible.

Le risque est que le pourrissement de la situation entraîne un retournement de l’opinion publique au sahel, voire plus largement encore. Cela finirait par rendre illégitime la présence française et nous renvoyer vers un passé douloureux encore vivace…

3-     Les réticences, voire en fait le refus, de l’UE de prendre en charge la contrepartie budgétaire de l’effort militaire français au Sahel, constituent un grave camouflet pour le Président de la République et la diplomatie française, cet échec accroît le désordre de nos finances publiques.

Vos initiatives en la matière, depuis 2012, ont toutes échoué, faute d’une volonté et d’une autorité suffisantes.

Il existe pourtant une voie, ouverte par Margaret Thatcher lorsqu’elle exigea une ristourne sur la contribution britannique au budget de l’UE, jugée par elle excessive.

Vous auriez dû suivre cet exemple et exiger une réduction de notre contribution au budget européen d’un milliard d’Euros, contrepartie de notre action en Afrique. De la sorte, vous contourniez les interdits du TUE sur le financement d’initiatives militaires.

Mais vous êtes restés tétanisés, face aux technocrates de Bruxelles qui ne comprennent que les rapports de force.

Voilà, Monsieur le Ministre, trois reproches qui ne peuvent pas vous surprendre et voici ma question : que proposez-vous pour sortir la France des trois impasses où la politique de François Hollande l’a engagée ?